Centenaire de la fête nationale de Jeanne d’Arc et du patriotisme : un motif d’Espérance

Jeanne d’Arc en armure devant Orléans (1428-1429). Peinture de Jules Eugene Lenepveu (1819 – 1898), 1886-1890. Pantheon, Paris

Jeanne d’Arc : le virus de la Victoire

La fête est un lien entre le passé et le présent, un repère et une invitation au souvenir. Plus que cela, la fête nourrit le présent à partir du passé. La fête est aussi le recours des vivants aux morts, à ceux qui sont passés. Un jour de fête, la vie est encore plus présente !

Le 16 mai prochain, c’est Jeanne d’Arc que nous fêterons. Quelle joie lorsqu’on est Français de pouvoir fêter ce jour ! Nous la fêterons d’une manière unique d’ici quelques jours car il s’agira des cent ans de sa canonisation !

La fête de Jeanne d’Arc évoque de nombreuses images dans notre pays : manifestations populaires, récupérations politiques de tous bords…

Dans le contexte singulier de ce centenaire, marqué par l’étonnante crise du coronavirus, qui sévit partout dans le monde, mais qui prend une forme bien particulière en France (remise en cause de la gestion politique de la crise, division des scientifiques quant aux remèdes à administrer, silence populaire malgré les conséquences économiques du confinement, diminution des libertés publiques et atteinte inédite aux libertés religieuses), la figure de Jeanne d’Arc demeure.

Quelques traits de sa personnalité peuvent éclairer notre temps présent.

Jeanne est une personne. Elle a une vie ordinaire et modeste. Elle est une fille aimée et une amie appréciée. C’est cette jeune femme qui va recevoir un message du Ciel, qui va l’écouter et le mettre en pratique.

Jeanne incarne l’espérance d’un peuple. Elle nous rappelle que notre pays n’est pas perdu car elle-même vécut une période bien plus sombre et troublée que la nôtre. Elle est un lien entre le Ciel et la terre car elle écoute « ses voix ». Aujourd’hui, écoutons-nous les voix qui nous parlent ? Ecoutons-nous les signaux que nous envoient nos contemporains, écoutons-nous Dieu qui nous parle encore à travers les évènements étonnants que nous traversons ?

Avec Jeanne, Dieu est de la partie. Il est le « premier servi ». Cela déroute car nous n’avons pas l’habitude d’entendre parler de politique et de Dieu en France. C’est, bien sûr, encore plus le cas dans notre contexte républicain actuel. Pour que Jeanne écoute « ses voix », il lui faut du silence. Dieu, d’habitude présent à travers son retrait, permet ce type mystérieux de communication. Mais c’est bien du silence que surgissent les voix de Jeanne : on n’entend que ce que l’on peut écouter : là aussi, sommes-nous à l’écoute ?

Avec Dieu, Jeanne est là pour la patrie ! Jeanne nous rappelle qu’il revient à l’homme de placer Dieu à la tête de toute entreprise, de tout lui remettre. Il s’agit de faits historiques : à Orléans, elle lutte avec fermeté pour mettre en tête de l’armée des religieux, leur demandant de chanter des cantiques et de prier. Après cela seulement, la victoire pourra être obtenue. Cette victoire est un aboutissement et la manifestation que le respect dû à Dieu agit sur la réalité. Avec Jeanne, la bataille ne s’oppose pas à la prière. Cela va bien plus loin puisque Jeanne est présente au cœur des combats. Sa blessure, en nous prouvant son humanité, doit nous donner confiance, voire nous rassurer, comme une preuve d’imperfection appelle un rédempteur. Notre pays est blessé, nous le savons, il est peut-être même agonisant, mais il n’est pas perdu. C’est à l’heure de la dernière extrémité que tout est sauvé.

Jeanne est l’instrument libre du salut de la France. Elle clarifie la situation en exposant sa mission. Il s’agit de sauver le royaume de Anglais et de faire sacrer le roi à Reims. Il existe donc un sens à sa mission. Pourquoi fallait-il que le roi soit sacré ? Pourquoi fallait-il que l’Anglais soit chassé ? Y aurait-il un sens à l’histoire ? Quelle est la signification de l’existence de Jeanne ?

Jeanne est une des pierres angulaires de notre maison française. Son message a beau être oublié, son image pervertie, sa figure demeure, son silence a quelque chose à nous dire. N’ayons pas peur de contempler son visage sculpté, au cœur de nos villes, et de lui sourire, car elle nous encourage encore.

La France d’avant Jeanne d’Arc souffrait de ne pas avoir de tête, de chef. Cette France-là bouillonnait de tristesse et de fatalisme.

Aujourd’hui, notre pays fait face à de nombreux mouvements de contestation et vit dans une atmosphère lourde à laquelle il faudrait se faire, là aussi par fatalisme, par absence de but, par « disparition de finalité ». Il existe pourtant une souffrance, mal expliquée, qui ne parvient pas à s’exprimer correctement, mais qui est pesante. Cette révolte sourde est comparable à celle d’un fou qui, placé à l’isolement, se taperait la tête, privé de ses mains, profondément révolté par son état et incapable de bien comprendre sa situation, sans que personne ne lui explique son mal.

L’homme est triste de ne se voir proposer comme seule horizon la consommation. Celle-ci le rassure, mais ne pallie plus son angoisse grandissante. En Occident, il a trop longtemps été coupé de deux sources de vie : la transcendance et la famille au sens traditionnel du terme, dirait-on de nous jours. L’amélioration matérielle de son quotidien n’est plus l’unique enjeu de sa vie, malgré les revendications tous azimuts qui semblent souvent se concentrer sur la recherche du bien-être matériel.

Ces souffrances, mal exprimées, mal comprises, ne sont-elles pas le signe d’un désir encore balbutiant de retour du sacré au cœur de nos vies et de nos modes d’organisation ?

Jeanne a vécu pour que la France existe. Elle a œuvré pour que les Français comprennent que la victoire ne s’obtient que dans l’alliance avec Dieu. Par sa vie, elle a su entraîner des foules des gens et de soldats au service de leur pays, et par sa mort, elle nous donne un exemple de foi, de courage et d’amour inaltérable.

« C’est seulement pour celui qui a connu la joie pure, ne fût-ce qu’une minute, et par suite la saveur de la beauté du monde, car c’est la même chose, c’est pour celui-là seul que le malheur est quelque chose de déchirant » (Simone Weil).

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2 réponses

  1. Cordouan dit :

    Grand merci aux initiateurs de ce site… La lecture de ce texte nous extrait du bavardage médiatique si pesant, si vain, et nous mène sur les bords de la Meuse, pour mediter sur l’extraordinaire destin de Jeanne et sur la France… Si le Maître du Temps et de l’histoire s’est tant intéressé au sort de notre Patrie aux heures si noires de la guerre de 100 ans c’est bien qu’il y a un mystère de la France… Y repenser me redonne joie et courage… MERCI

  2. EYRAUD dit :

    Mille mercis pour la commémoration du centenaire de Ste Jeanne d’Arc.
    Existe t-il une affiche vendue à cette occasion ? Un livre ?

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